» Reprendre
la sexualité après l’accouchement
| De tradition
orale, je me demande comment mettre en commun ces
histoires de femmes pour nourrir d’autres
femmes. Inspirées de faits et vécus
réels, les noms sont de pure fiction. De
conversations en conversations, découvrez
d’autres réalités. Quand le
monde s’ouvre avec d’autres perspectives,
on enrichit profondément sa vie. Tout est
question de point de vue. |
Fanny :
On m’a dit qu’il fallait attendre 1 mois
avant de reprendre la sexualité. Est-ce vrai
?
L’accompagnante
:
Il n’y a pas de règles établies.
Chaque femme fait comme elle le sent et surtout quand
elle se sent prête. Le corps de la femme peut
être prêt à la reprise des relations
sexuelles dans les 10 jours qui suivent l’accouchement.
Fanny
:
10 jours ! C’est super tôt. Comment est-ce
possible ?
L’accompagnante
:
Plusieurs situations peuvent se présenter favorisant
une reprise rapide.
L’arrêt normal des saignements (liés
à la cicatrisation de la muqueuse utérine)
avant 10 jours.
La cicatrisation d’une épisiotomie au bout
de 5 jours (même si les fils ne sont pas résorbés,
sauf complications, les tissus sont cicatrisés).
L’absence ou la résorption totale des oedèmes
ou hématomes à la vulve.
Et puis n’oublions pas, le retour du désir
! Il peut être immédiat même avec
un allaitement. Une femme racontait un jour : «
ah ! J’avais le feu au cul ! 10 jours après
son accouchement. Mon mari était tout étonné,
mais devant ma soif, il s’est laissé convaincre».
Fanny
:
Ah ! Ah ! Alors là, ça m’épate.
Je rêve de ça. Bon, admettons et si c’est
long et difficile ? Ca arrive, n’est ce pas ?
L’accompagnante
: oui bien sûr, c’est possible.
Fanny
:
C’est dû à quoi ?
L’accompagnante
:
Si l’accouchement ou la grossesse a été
difficile sur le plan médical ou mal vécu,
la femme peut se sentir meurtrie (physiquement comme
plus profondément). Elle peut ainsi garder une
appréhension pour réinvestir son corps
et son plaisir.
Fanny
:
Oui, j’ai entendu ça. Une véritable
peur.
L’accompagnante
:
Oui, on peut dire ça, mais ce n’est pas
toujours le cas. Certains freins sont liés au
contexte général. Par exemple, après
l’accouchement, le temps et le plaisir partagés
avec bébé sont parfois une bonne raison
pour ne pas se réinvestir dans la sexualité.
Il y a une satisfaction tout autre qui comble les désirs
de la femme. Les douleurs cicatricielles, la fatigue,
les levers successifs la nuit ont aussi vite fait de
décourager les moins motivés.
Plus la femme repousse le moment pour s’y remettre,
moins l’envie vient. C’est la pratique qui
nourrit l’envie, pas le contraire.
Fanny
:
Attends. Répètes.
L’accompagnante
: C’est la pratique qui nourrit l’envie,
pas le contraire.
Fanny :
Si je comprends bien, si l’envie ne vient pas,
il ne faut pas attendre.
L’accompagnante
:
Exact.
Si le compagnon ne rappelle pas à sa femme qu’elle
est encore femme disons sexuelle, alors elle peut s’oublier
dans la maternité. Au début, les relations
sexuelles peuvent être vécues de façon
plus mécaniques. C’est au compagnon de
ramener sa femme vers la douceur et la sensualité,
elle pourra dépasser ce qu’elle sent.
Fanny
:
Oui, mais quand ça fait mal ? Que fait-on ?
L’accompagnante
:
Comme pour accoucher, on se détend dans le bassin,
dans le périnée.
Tiens, je vais te raconter l’histoire de Marie
:
« Lorsqu’elle a eu envie de reprendre les
relations sexuelles, son mari ne pouvait pas pénétrer
le vagin. Le gland ne pouvait pas entrer. L’envie
était là, mais pas de passage. Tout était
redevenu serré. »
Tu me suis ?
Fanny
:
Oui.
L’accompagnante
:
Comme elle sentait que ça bloquait, elle a donc
demandé à son mari de regarder «
s’il y avait toujours le trou », je reprends
ses termes.
Fanny
:
Non, ce n’est pas vrai. C’est une blague.
L’accompagnante
:
Non, je peux t’assurer qu’on peut être
inquiétée par ça. Je continue ?
Fanny
:
Vas-y.
L’accompagnante
:
Le mari regarde donc. Et bien sur, tout était
normal. Mais elle, dans sa panique, elle ne savait pas
comment dépasser la situation. Lors de notre
1ère rencontre, elle veut en avoir le cœur
net. Est-elle encore normale ? Sais tu combien de femmes
n’osent le demander, alors que profondément
elles s’interrogent sur leur normalité
?
Fanny
:
Non.
L’accompagnante
:
Beaucoup. Bien souvent, c’est la visite post-natale
avec le gynéco qui sert de déclic à
certaines femmes. Quand il dit : « tout est normal
» certaines femmes sont libérées.
C’est bête à dire, mais on est tellement
coupé du corps qu’il faut l’avis
du spécialiste pour s’autoriser à
penser et vivre.
Fanny
:
Et comment ton histoire se finit ?
L’accompagnante
:
Je lui dis qu’elle est normale(Rires).
Fanny
:
C’est tout.
L’accompagnante : en fait, à l’examen,
elle était crispée. Au moindre contact,
elle faisait des bonds. De la même façon,
l’entrée de la vulve est totalement crispée.
Elle me disait qu’elle avait l’impression
d’être redevenue vierge !
Fanny
:
Je vois bien ce que tu veux dire.
L’accompagnante
:
Je lui propose de poser la pulpe du doigt, elle perçoit
que tout est crispé. Je lui demande avec son
ressenti de simplement changer la consistance. Elle
relâche progressivement jusqu’à avoir
une impression de chamallow et d’ouvrir l’entrée
comme si on lançait une pierre dans l’eau
et que cela fait des ronds concentriques de plus en
plus grands. Tu vois.
Fanny
: oui, je vois bien l’image.
L’accompagnante
:
A partir de là, je lui ai demandé de faire
cela avec son mari petit à petit, elle fera de
nouveau de la place. La semaine suivante, elle m’a
envoyé un texto : « tout va bien »
Fanny
:
Que s’était il passé ?
L’accompagnante
:
Des muscles du périnée très serrés,
crispés est le signe d’un mécanisme
de défense. Quand on se sent agressé,
on se rétracte pour se protéger. Le périnée
s’est figé pour une raison propre à
elle. Dans son histoire, après l’accouchement,
elle a eu une très grosse poussée d’hémorroïde.
Son état était tel, que le médecin
a préféré intervenir chirurgicalement.
Donc, la douleur et l’intervention, c’était
beaucoup juste après l’accouchement.
Fanny
:
Oui, en effet. Je réalise qu’on ne connaît
pas ou peu connaître notre corps et ce qu’il
peut arriver.
L’accompagnante
:
Oui, c’est un peu ça, mais il y a des réponses
qu’on n’a pas dans les livres.