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»Se préparer ou être accompagnée ?

De tradition orale, je me demande comment mettre en commun ces histoires de femmes pour nourrir d’autres femmes. Inspirées de faits et vécus réels, les noms sont de pure fiction. De conversations en conversations, découvrez d’autres réalités. Quand le monde s’ouvre avec d’autres perspectives, on enrichit profondément sa vie. Tout est question de point de vue.

Christine : « Dis-moi. De plus en plus d’articles parlent de l’accompagnement à la naissance. Moi, je croyais que j’étais venue ici pour une préparation à la naissance. Quelle est la différence entre accompagnement et préparation ? »

L’accompagnante : que veux tu savoir exactement ?

Christine : Et bien, je me rends compte que depuis que je travaille avec toi, ce que nous évoquons ensemble m’accompagne chaque jour dans la vie quotidienne. Mon mari, qui ne t’a vu qu’une seule fois, a même changé sa manière d’aborder les choses avec notre fils. Et plus qu’une préparation, j’ai l’impression qu’on a été accompagnés dans notre vie de famille. Est-ce bien ça ?

L’accompagnante : oui, je vois bien ce que tu veux dire. Donc si je comprends bien, tu veux savoir quelle différence notoire il y a entre être préparée ou accompagnée ? Bon. C’est une vision très personnelle. Je vais te raconter l’histoire de Nathalie. Ça va ? Tu as du temps ?

Christine : oui.

L’accompagnante : Nathalie est enceinte de 6mois. Elle a décidé de suivre le cours de poussée à la maternité. En parallèle, elle venait aux cours en piscine.
Tu me suis ?

Christine : oui. Comme beaucoup, elle a pris de l’info dans plusieurs endroits différents.

L’accompagnante : C’est exact.
Au cours d’une séance en piscine, Nathalie m’interpelle en me disant :
« Au cours de la séance en maternité, on m’a indiqué comment pousser pour l’expulsion du bébé. C’est la formule : inspirer, bloquer, pousser.
Or, ici, en piscine, on expérimente toutes les façons d’ouvrir le bassin sans forcer, ni pousser, ni retenir le souffle. Je comprends que bloquer et pousser ne sont donc pas indispensables. J’entends cela comme la façon d’accompagner le travail et la sortie du bébé sans forcer. Ca me plait d’ailleurs.
Mais maintenant, je ne sais plus trop où j’en suis et ce que je dois faire maintenant pour le jour J. »

Christine : sans vouloir rentrer dans le débat, il y a souvent des informations contradictoires même entre les professionnels de santé. Continue.

L’accompagnante :
Attends. J’y arrive.
A ce moment là, tu t’imagines, frémissement général dans le groupe. Tout le monde acquiesce.
Pour répondre, je demande au groupe :
« Fermez les yeux et sentez ce qui se passe dans le bassin, quand on inspire et bloque la respiration dans l’eau ? » Les femmes le font et ressentent.
Puis, je leur demande de revenir aux exercices introduits depuis le début des cours en piscine : relâcher dans l’axe, ouvrir le bassin, accompagner sur le souffle doux. « Que ressentent-elles ? »
Après expérience, toutes ont convenu pour dire qu’inspirer et bloquer refermait l’intérieur du bassin : tout leur corps verrouille le bébé. Ouvrir et relâcher dans l’axe et dans le bassin donnait de la place. Tels ont été leur ressenti. Leur réponse.

Christine : oui, je m’en rappelle très bien. En plus, c’est une sensation profonde très agréable.

L’accompagnante : Chacune a eu sa réponse par l’expérience du corps. C’est bien différent d’une formule toute faite.
Tu vois, quand les femmes sont préparées. Elles reçoivent une connaissance de surface, un mode d’emploi [à propos de l’accouchement]. « C’est comme ça qu’on fait ! » dit le spécialiste.

Christine : en effet, mais c’est aussi ce qu’on cherche. Des recettes toutes faites. Parce qu’on ne s’imagine pas qu’il y a autre chose. Tu vois, pouvoir faire ce qu’on sent n’est pas facile, non plus. Surtout quand on nous dit de faire le contraire le jour où on accouche.

L’accompagnante :
Oui, je sais. Là, tout repose sur l’aptitude. Connaître quelque chose, ne veut pas dire savoir l’appliquer. Transformer une connaissance en aptitude, se fait par la pratique, l’expérience. Dans le monde de la musique, cela s’appelle la répétition. C’est dans la répétition qu’on développe la confiance en sa capacité de faire quelque chose. C’est l’objet de l’accompagnement : entrer dans l’expérience et fabriquer une compétence.

Christine : oui et je ne fais pas toujours confiance dans ce que je ressens.

L’accompagnante :
Dans notre société moderne, on préfère penser et croire, plutôt que ressentir.
Dans l’accompagnement, on met en place une compétence : ressentir les choses. Le corps, la relation avec l’autre, ce qui est bon pour soi ou avec l’autre, ce qu’on sent juste pour soi. Cela demande du temps. Et au delà, cela demande de savoir apprécier ce qui arrive, tel que c’est. Parfois, certaines femmes en viennent à comprendre que leur corps n’est pas encore tout à fait prêt à faire les choses comme elles le VOUDRAIENT. Prendre seulement conscience de cela est un pas en avant pour entrer dans une autre réalité.

Christine : et on a un tel désir que ça marche...

L’accompagnante :
Oui, on veut que CA MARCHE. Sauf qu’avec l’être humain ça ne marche pas comme ça.

Christine :
Bon, là je comprends mieux. Dans l’accompagnement, on vit. Euh, oui c’est ça. On vit les choses. Et c’est pour ça, que finalement certaines femmes au moment d’accoucher, et là j’en fais partie, sentent qu’elles ne sont pas en mesure d’ouvrir en relâchant et finissent par pousser en bloquant.

L’accompagnante : c’est ça. C’est la réalité du moment de la personne qui compte, celle qui est éprouvée sur le moment. Apprendre à vivre les choses profondément- pouvoir s’adapter et faire ce qui est juste ou bon pour soi (et l’autre, si on veut) dans la situation présente. Même si ce n’est pas parfait. Etre le soi du moment. Cultiver l’authentique, disait Pagnol par le biais d’Ugolin.
C’est le but de l’accompagnement. In fine, cela développe notre intelligence humaine.
Ai-je répondu à ta question ?

Christine : oui.