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» Comment rassurer un enfant, qui pleure beaucoup?

Véra
: Mathéo a beaucoup pleuré dès qu’il est né. Le ventre vide, comme plein. C’était impossible de le laisser seul dans son berceau. J’étais déroutée. Heureusement, Manu était avec moi pendant les 3 premiers jours à la maternité.

Emmanuel : Ah, oui. On n’était pas de trop de deux. Véra était très impressionnée par la force de ses cris. 24 heures à ce régime, on a atterri vite et on a compris que le temps du rêve était fini.

Véra : Ha ! Ha ! Heureusement, Manu s’est rappelé notre dernière séance, celle du bébé. Tu sais. Tu nous avais dit qu’avec un bébé en siège, on devait lui redonner sa position pendant les premiers jours afin qu’il retrouve sa sécurité.

Emmanuel : oui, alors là, je n’ai pas cherché à comprendre. J’ai installé Mathéo contre ma poitrine comme s’il était dans l’utérus. Je l’ai porté assis en tailleur sur son coté, sa tête sous mon menton. On n’a plus cherché à faire quoi que soit d’autre, pendant 3 jours consécutifs.

Véra : si t’avais vu ! Mathéo a tout de suite réagi. On sentait qu’il s’est mis à écouter. Comme si tous ses sens s’étaient mis en alerte. Il a arrêté ses pleurs progressivement. Là, j’ai été bluffée par la persévérance de Manu.

L’accompagnante : Ah, bon pourquoi ça ?

Véra : bien, si tu veux. Pour moi, Emmanuel était tellement en retrait pendant à la grossesse.

Emmanuel : c’est ce que tu pensais, je n’en étais pas moins impliqué sentimentalement.

Véra : oui, en effet. J’ai été surprise du fait qu’il soit si confiant, dès le départ. Il s’en sortait même mieux que moi.

Emmanuel : Evidemment, Véra était trop tendue. Bon, je savais qu’elle était fatiguée après l’accouchement. En plus, toujours à se poser mille questions.

L’accompagnante : ah, ce n’est pas moi qui l’ai dit.

Véra : Ecoute. On ne peut pas effacer l’envie de s’appliquer. Mathéo était un vrai baromètre. Si je n’étais pas présente ou stressée, il hurlait. Manu me disait. Laisses tomber les épaules. Fais toi toute douce. C’est drôle, mais je ne me rendais même pas compte que j’étais crispée.

Emmanuel : tu sais, moi, je me suis régalé. Je m’installais sur le fauteuil, lui était posé dans ma main et couché sur ma poitrine. Sans le regarder, je sentais son apaisement. (Il regarde avec tendresse Mathéo qui dort, à coté, dans sa nacelle). Ma main était soulevée par son souffle. Cela m’apaisait tellement aussi. Plus, je le faisais, plus j’étais à l’aise. J’ai aidé Véra à l’installer ainsi. L’important pour moi était qu’on se sente à l’aise avec lui, pas seulement qu’il arrête de pleurer.

L’accompagnante : un vrai maestro !

Véra : oui, c’était rassurant pour moi qu’il tienne le cap. Avec mes seins, au début Mathéo cherchait à téter, alors je n’y arrivais pas. Je m’énervais. J’étais maladroite. Puis, on l’a remonté bien haut, sous mon menton. Il était calé entre mes deux seins. Et j’ai pu commencer à me sentir mieux. Tu sais, je croyais que j’allais m’en sortir mieux que Manu. J’étais frustrée de voir qu’il avait plus le contact que moi.

L’accompagnante : Ca arrive. Les femmes croient souvent que le fait de porter l’enfant 9 mois leur donne un privilège sur le contact. Or, dans le domaine affectif, être dans le lien, c’est vivre quelque chose de profond. Et Manu était plus attentif aux réponses subtiles de Mathéo.

Véra : Que veux tu dire par là ?

L’accompagnante : bien, toi tu étais dans tes questions, ta motivation et ta volonté de bien faire. Bref dans ta tête ! Un peu plus tournée vers toi, donc. Oh ! Ce n’est pas une critique, c’est une constatation.

Véra : Ah, oui, j’essayais de bien faire. Mais je n’étais pas vraiment dans une rencontre affective. Pourtant, je croyais l’être.

L’accompagnante : Oui, être juste là, ça se vit et ça ne se pense pas. Manu écoutait de tout son être et vivait les moments où il sentait l’apaisement de Mathéo. Il était ouvert à la réponse qui confirmait son sentiment d’être juste là. Tu sais, la réciprocité. Ce n’est pas parce que tu veux faire du bien à l’autre, que l’autre le vit comme ça. Ecouter vraiment, c’est ce n’est pas chose facile, j’en suis consciente. Aujourd’hui, je crois que beaucoup d’adultes et enfants ignorent qu’ils souffrent de ne pas être écoutés dans leur entièreté.

Véra : Tu sais, ce que tu dis fait écho avec la façon dont mon père avait de vivre. C’était un homme très silencieux. C’est lui qui m’emmenait chez le médecin pour mes vaccins, quand j’étais petite. Lors du moment critique, son regard me portait tout entière sans aucune parole, ni geste de réconfort. Tout était dans son regard, sa douce présence. J’étais dans une absolue confiance. Je n’en reviens pas de me rappeler de ça, maintenant. Sans qu’on se le dise Manu m’a beaucoup aidé à aller vers ça. Il a été super. Il me montrait et me disait « goûte simplement ce qui est bon ». Tu sais, apprécier le chocolat !

L’accompagnante : Ah ! Ah ! Ce fameux chocolat. C’est agréable, n’est ce pas ?

Les deux : Oui.

L’accompagnante : Que s’est il passé ensuite ?

Véra : On s’est relayés jour et nuit afin qu’il se retrouve, dans sa sécurité.

Emmanuel : de temps en temps, on essayait de le remettre dans son lit. Il pleurait à nouveau, moins fort, quand même. On a donc continué.

Véra : Puis, Manu est reparti travailler, le 4ième matin, il le fallait bien. La nuit, Mathéo dormait avec moi dans le lit. On ne disait rien à personne. Puis, ce matin-là, comme je devais aller me doucher, je ne voulais pas le laisser dans le lit. Sans y penser, je l’ai posé dans son berceau en plexiglas et suis allée à la douche. Là, je me suis dit, il y a un truc qui clochait.

L’accompagnante : Quoi ?

Véra : C’était silencieux. Tu ne t’imagines pas. Il n’avait pas pleuré une seule seconde. Je suis allée le voir. Incroyable. Il dormait comme un bébé. Je suis repartie terminer ma douche totalement détachée de toute préoccupation à propos de lui. J’étais légère. Tu me crois si je te dis que pour la première fois, pendant ces instants, j’ai eu une impression de me sentir libre.

L’accompagnante : Libre de quoi ?

Véra : je ne sais pas. Libérée d’un poids, peut-être, parce je le sentais bien et moi aussi.

Emmanuel : le plus important, c’était que Mathéo avait trouvé calme et apaisement. C’était tellement extraordinaire, elle m’a envoyé un texto. « Mission accomplie ! » On est bête, n’est ce pas ?

Véra : Il faut bien être gaga un peu. Mais, attends, ne présente pas cela comme si tout était joué. Il faut te dire qu’en rentrant à la maison, ce n’était plus la même chanson. Il a recommencé à pleurer. Alors, on a recommencé à le mettre assis en tailleur sur nous ou en tout cas dans le contact. Une journée entière et de nouveau et il s’est retrouvé tranquille.

L’accompagnante : comment avez-vous géré cela ? Tu étais toute seule ?

Véra : oui, manu travaillait. Il y avait des moments où j’avais du mal à être disponible. Je veux dire, vraiment là. Alors, comme j’étais trop épuisée pour faire plus, je me suis couchée et j’ai seulement goûté au plaisir d’être avec lui, pas plus. Ca a été une journée cocooning.

Emmanuel : On avait l’impression, par la suite, que dès qu’il y avait un trop de changement, il recommençait à perdre pieds. Tu vois, il avait besoin d’un temps pour s’adapter à ce qui se passait, puis il revenait dans sa tranquillité.

L’accompagnante : comme par exemple ?

Emmanuel : Je ne sais pas, voyons. Un jour, cela s’est passé. On a passé la journée chez mes parents. Toute la nuit et la journée suivante, on a retrouvé un petit monstre. On était dans un sale état. On s’était trop lâchés d’un coup.

Véra : oui, fallait le voir. Il a passé la journée aux bras entre oncles et tantes. A 15 jours, ça se comprenait. Mais bon, pour nous, on avait envie de ce moment de présentation avec la famille. Un coup de voiture, des sollicitations par ci par-là, une journée hors de la maison. Bref…

L’accompagnante : ah, oui c’est normal. Et, maintenant.

Véra : A peu près bien. C’est un peu au jour le jour. Il y a des périodes où ça va et d’autres où on a l’impression d’être comme au premier jour, avec le stress en moins. Parfois, j’ai quand même des coups de stress. Cela me prend aux tripes. Mais, j’arrive à me détendre. En plus, on s’aperçoit que cela arrive de façon épisodique. Il se calme plus vite qu’avant. L’essentiel est qu’on n’est pas inquiets.

L’accompagnante : quand j’ai eu mon premier enfant, j’ai réalisé que chaque jour avec un bébé était une VIE. On crée et se recrée sans cesse. C’est chouette ?