» Comment
le corps se transforme de nouveau et reprend sa forme
dans
les premiers mois qui suivent ?
Alexia
: Et bien, je ne me sens
pas bien dans mon corps. J’ai eu quelques soucis
avec l’allaitement où je ne savais plus
trop quoi faire avec mes gros nichons. Tu vois, ces
nichons, c’est exceptionnel. Ils n’ont jamais
été aussi gros. Vraiment à photographier
! Mais là, même si ça marche bien,
je n’arrive plus à me retrouver.
L’accompagnante
: Quand est-ce que tu as commencé à ressentir
que ça n’allait pas bien ? Veux tu t’installer
sur ma table, s’il te plait ?
Alexia
: Oui. Je me déshabille ?
L’accompagnante
: Non, pas nécessaire. Sauf si tu as envie de
te mettre à l’aise ou besoin de me montrer
quelque chose. Alexia s’allonge et l’accompagnante
se pose à son coté, assise sur une chaise.
Bien, je t’écoute.
Alexia
: Un mois et demi après l’accouchement,
j’ai eu un gros coup de fatigue. Normal, je me
suis dit, après l’euphorie du début.
J’ai eu l’impression que c’était
un contre coup. Un vrai coup de blues. Te souviens tu
quand je t’ai appelé parce qu’Antoine
pleurait beaucoup.
L’accompagnante
: Oui. Je m’en rappelle en gros, mais redonnes
moi des détails.
Alexia
: Je pensais qu’il n’avait pas assez à
manger. Je le mettais tout le temps au sein. Bon, en
fin de compte, j’avais l’impression qu’il
n’y avait plus de lait non plus. Plus j’étais
désespérée, plus il chouinait.
Crevée, je ne pouvais plus penser. J’avais
la tête dans le gaz.
L’accompagnante
: En combien de temps il y a eu un mieux ?
Alexia
: Le temps d’accepter mon état. D’accepter
le fait que je n’avais pas à répondre
inlassablement à ses pleurs par la mise au sein.
Je vais dire 4 à 5 jours. Te souviens tu de ma
question au sujet du temps ?
L’accompagnante
: A partir de combien de temps tu devais considérer
que cet état « dépressif »
(elle fait les guillemets avec ses doigts) nécessite
de consulter un spécialiste ?
Alexia
: Oui, celle là. Tu sais, j’ai bien cru
que je n’allais pas en sortir.
L’accompagnante
: Je sais, mais tu avais déjà atteint
ta limite. En m’appelant, tu étais déjà
en marche pour changer ça, n’est-ce pas
?
Alexia
: Oui, c’est vrai. D’ailleurs, je
repense à un truc important. Une parole qu’on
a échangé qui a été un déclic.
L’accompagnante
: Ah ? Laquelle ?
Alexia
: « Oser faire confiance à son bébé.
» Je crois qu’à partir de ce moment-là,
j’ai abandonné quelque chose. Vouloir tout
contrôler pour être au top.
L’accompagnante
: Ah, le top niveau. Ah, la vie moderne ! Cela fait
partie du forfait « femme en quête d’excellence
» ! Mais, on n’est pas obligé de
suivre ces valeurs dans tous les points de vue de la
Vie. Maintenant, dis-moi où en es tu, physiquement
? As-tu eu ton retour de couche ?
Alexia
: Eclaire moi, le retour de couche ???
L’accompagnante
: Le retour des règles.
Alexia
: Ecoute, à vrai dire, je n’en sais
trop rien. J’ai saigné pendant plus d’un
mois. Puis, il y a eu par intermittence des saignements
qui sont allés et venus. Alors maintenant...
L’accompagnante
: Ah ! Bon ? Et les flux, abondants ? Tu ne t’en
n’es pas inquiétée que cela traîne
aussi longtemps ?
Alexia
: oui, plutôt abondant quand même. Pas vraiment
inquiète. Parce que je croyais que le retour
de couche, c’était saigné jusqu’à
6 à 8 semaines. Alors pour moi, cela me semblait
normal.
L’accompagnante
: As-tu remarqué que lorsque la fatigue revenait,
les saignements augmentait aussi.
Alexia
: J’ai eu l’impression que c’était
l’inverse.
L’accompagnante
: C’est aussi vrai, au fil du temps. Un vrai cercle
vicieux. Plus le corps se fatigue après un accouchement,
plus l’utérus se relâche et saigne
à nouveau. Tu vois, (elle croise ses 2 mains)
quand les fibres musculaires se rétractent, les
vaisseaux se collabent. Et l’utérus se
cicatrise.
Alexia
: Punaise, j’étais complètement
à coté de la plaque. La fatigue, c’était
donc pour ça ?
L’accompagnante
: Entre autres. Par conséquent, la confusion,
la perte de mémoire aussi.
Alexia
: Super, je n’étais pas en train de perdre
la tête. Merci, je suis rassurée (Alexia
se marre).
L’accompagnante
: Bien oui, c’est logique. Si on n’a moins
de globules rouges dans le sang, il y a moins de cellules
pour transporter l’oxygène dans tout le
corps. Pour être en santé, l’O2 nourrit
en priorité les organes aux fonctions vitales
essentielles. Certaines aires du cerveau non prioritaires
sont laissées de coté, comme celle qui
permet d’y voir clair dans ce qui nous arrive
ou celle qui permet de faire de lien avec les émotions.
Alexia : Evidemment. On
n’arrive pas à prendre du recul. On est
à fond dans l’émotionnel. Et aucun
relais entre les deux.
L’accompagnante
: oui, et si on rajoute que le corps se réorganise
avec les fluctuations d’hormones féminines
(qui gouvernent aussi nos émotions)… Par
exemple, la progestérone qui chute après
l’accouchement. On peut fabriquer un bon état
dépressif.
Alexia
: Et les muscles encore flaques ! Regardes-moi ce ventre
! (Elle montre son ventre encore bien gonflé)
3 mois que j’ai accouché et on me demande
encore c’est pour quand. Non, mais tu te rends
compte, la honte. Le ventre plat, c’est pour quand
?
L’accompagnante
: 6 mois, un an suivant les femmes, la reprise de l’activité
professionnelle ou sportive donnant un nouveau rythme
physique, et l’alimentation bien sûr.
Alexia
: Ce n’est donc pas l’utérus ?
L’accompagnante
: Non, il a repris sa taille normale. Tu sens. (Elle
palpe le ventre) si on le cherche, on ne le trouve plus.
Regarde, tu vois ça, c’est le gros intestin
gonflé comme une chambre à air. Ballonné.
Puis, ça c’est de la graisse, pas l’utérus…
Alexia
: Arrête ! Ne m’en parle pas.
L’accompagnante
: Puis, puis, puis…. les abdos transverses détendus.
Alexia
: AH ! OUI. Alors, faire des abdos, ça marche
? Parce qu’ils ont oublié mon adresse.
Qu’est-ce que je peux faire ? Vas-tu m’en
montrer ?
L’accompagnante
: Ou la la, oui. Mais d’abord, on doit s’assurer
que tu as bien conscience de leur influence sur le périnée.
Si tu passes ton temps à pousser sur le périnée
en faisant tes abdos, ce sera pire pour ton périnée.
Comprendre comment ton périnée fonctionne
au quotidien, retrouver la sensation d’être
soulevée et portée dans ta base, c’est
la première étape. Ensuite, tu as champ
libre pour commencer doucement certains abdos. Et coté
urinaire ou gaz, as-tu des fuites ?
Alexia
: fuite de gaz ? Retenir des pets ?
L’accompagnante
: Oui.
Alexia
: ça, aucun problème. Coté pipi,
bof. Après l’accouchement, pendant 2 jours,
je ne percevais plus l’envie d’uriner.Ca
coulait sans que je le perçoive. On m’a
dit normal, c’est la péri ! J’étais
quand même inquiète. Puis, c’est
revenu, alors je me suis rassurée.
L’accompagnante
: Et tout est revenu à la normale ?
Alexia
: Bien, disons que c’est presque normal. Je ne
me retiens pas aussi longtemps qu’avant. En fait,
dès que j’ai envie de pisser, c’est
beyrouth. Je dois tout arrêter et filer aux chiottes
en 4 secondes, sinon c’est la cata.
L’accompagnante
: A chaque fois ?
Alexia
: Non, maintenant, j’anticipe. Mais si
je ne fais pas gaffe, que je laisse passer le temps,
ça peut arriver. Quand ça arrive, il n’y
a rien à faire. Croiser les jambes, serrer en
bas à fond, mettre la main. C’est super
déstabilisant. Tu vois, le portrait femme depuis
tout à l’heure. Y a de quoi perdre le moral
! La maternité, c’est merveilleux, mais
quelle galère pour la femme.
L’accompagnante
: Ce sont les changements perpétuels qui bousculent.
Mais, le changement, c’est la femme aussi. On
est surinformée de tout et à la fois ignorante
des notions de base de la santé féminine.
Tu vois, par exemple, se retenir d’uriner des
heures durant, parce que ce n’est pas l’heure,
parce que les toilettes sont crados ou encore parce
qu’on n’est pas chez soi, ça met
la vessie sous haute pression et ça pousse à
bout le sphincter.
Alexia : Oui, je crois que je fais ça
depuis le lycée. Savoir que je me retenais longtemps,
ça me rassurait.
L’accompagnante
: c’est valable, que dans l’exceptionnel,
pas tout le temps. La grossesse, l’accouchement
sont des révélateurs de ces mauvaises
habitudes. On croit qu’ils sont la cause des désordres,
mais non, c’est l’habitude à pousser
à bout notre corps qui nuit. Voilà encore,
l’expression d’être une femme au top.
Alexia
: Et maintenant, on fait comment.
L’accompagnante
: On change les mauvaises habitudes. On réécoute
le corps. On prend soin de SA femme. C’est un
peu pour ça que tu es là.
Alexia
: Ah, c’est drôle ce que tu dis. Prendre
soin de sa femme, ça me parle bien.
L’accompagnante
: Après un accouchement, une femme a autant besoin
de materner que de prendre soin de sa féminité.
Les femmes manquent de ce lien à l’intimité
féminine. Sais-tu que l’ocytocine, appelée
encore hormone de l’amour, active l’intimité,
le lien intime ? Après l’accouchement,
c’est l’allaitement qui prend le relais
de sa fabrication, mais faire l’amour aussi.
Alexia
: Mon mari a pris ses distances vis-à-vis de
moi, en tant que femme je veux dire. En tant qu’homme,
il me dit qu’il est au summum de son accomplissement.
Je trouve ça sensas, il n’a jamais été
aussi tranquille dans sa tête. C’est super.
Mais moi, j’ai l’impression qu’il
manque un truc. Et, c’est ça, l’intimité
d’être femme.
L’accompagnante
: Du coup, comment se passe vos relations ?
Alexia
: Un peu houleux. Je n’ai pas envie de
le sortir de son bonheur d’être père,
alors je me tais. Mais il sent bien que quelque chose
cloche. Il essaie de savoir, ça chauffe. Quand
je lui parle, ma confusion, il ne la comprend pas. Il
se sent pris en faute, critiqué. J’ai tout
pour être heureuse, me dit-il. Tu te rends compte
à quel point, c‘est injuste. (Pleurs) Personne
pour prendre en compte toute cette souffrance. On a
un gosse, on doit être heureuse ! Pour ce qui
est de faire l’amour, on repassera.
L’accompagnante
: Qu’est ce que tu as envie ?
Alexia
: Envie ? D’être en vie, justement ! Me
sentir bien dans mes baskets de femme.
L’accompagnante
: Alors, je n’ai qu’une chose à dire.
C’est avec une femme qu’on apprend à
être dans sa féminité. Mais c’est
avec l’amour et le regard de l’homme, qu’on
se SENT FEMME. Parle femmes avec des femmes, raconte
tes histoires de femmes aux femmes, c’est ce qu’on
fait aujourd’hui. Exprime à ton homme ce
qu’il t’apporte profondément chaque
jour. Ils aiment qu’on leur dise, qu’on
leur fasse sentir ce qu’on aime en eux, pas qu’on
les critique.
Alexia
: Ah, oui. Venir là, se poser sur cette table
et prendre du temps pour soi. C’est bien ce dont
j’avais besoin. Bon, on a du boulot, par où
on commence ?