»Qu'est
ce qu'une contraction?
Mélanie
: J’aimerai
te poser une question toute bête.
L’accompagnante
(sourires) : Une question bête ? Oui, je réponds
volontiers à ce genre de questions.
Mélanie
(embarrassée): comment t’exposer la situation
? C’est peut-être un peu confus. Chaque fois
que je croise des connaissances ou un membre de la famille,
les uns comme les autres me demandent : « alors,
as-tu des contractions ? ». Je suis très
perplexe devant une telle question. Je m’interroge.
En réalité, je ne sais que répondre.
Je me sens stupide. Dis-moi, si cela se manifestait, est-ce
que je peux vraiment le savoir ?
L’accompagnante
: oui, en principe. Qu’est ce qui te préoccupes
exactement ?
Mélanie
: je crois que j’ai peur de ne pas savoir et par
conséquent, de passer à coté de quelque
chose d’important concernant cette grossesse. Un
autre point me dérange profondément. J’ai
l’impression qu’on me parle comme si je savais
déjà comment les choses aller se passer.
Alors qu’en fait, c’est ma première
fois et que je découvre tout, les médecins,
les prises de sang, les échographies. Tout ça,
c’est du chinois pour moi.
L’accompagnement
: Je vois. Par où vais-je commencer ? Parlons d’abord
des contractions. Les contractions sont perceptibles.
Mais, on peut ne pas les apprécier comme elles
sont et elles peuvent passer inaperçues.
Mélanie
: pourquoi cette récurrence de questionnements
autour de la contraction ? Je n’en reviens pas,
il y a comme une obsession.
L’accompagnante
: Ah, on touche un point sensible. Pour une majorité
de gens, la contraction est associée à l’accouchement.
Par analogie, elle est chargée de peur et de fascination.
Notre société excessive aime jouer avec
ce qui fait peur. Dans les conversations, il est bon ton
de s’informer des contractions, même si on
se fout éperdument de ce que tu vis. Quelque soit
la situation, on est capable de construire un évènement,
non que dis-je, un drame autour des contractions. En avoir
est une catastrophe, ne pas en avoir n’est pas normal.
Pour ce qui est de ce que tu es sensée savoir,
avec Internet, tous les magazines télé,
audio, tu ne peux passer à coté de l’information.
On considère donc, qu’en tant que femme,
tu possèdes déjà un savoir de mère.
Comment tu n’as pas encore tout lu ?
Mélanie
: pas besoin, je crois, chaque femme rencontrée
étale sa science et son histoire dont les fameuses
contractions contre lesquelles elles ont menées
dur combat. J’ai du mal à conserver une distance.
C’est plus fort que moi. Telle que tu me vois, je
ne dis rien. Mes questionnements personnels ? Personne
ne s’y intéresse. En fait, ils arrivent à
retardement. Mais, voilà la question reste posée
néanmoins. J’entre dans le 6ième mois.
Il me semble qu’il est temps d’y répondre.
L’accompagnante
(rires): Et ce qu’on dit n’a rien voir avec
ce qu’on vit !
Mélanie
: Oh, c’est pure folie. J’avais tellement
envie de me laisser vivre la grossesse comme elle vient
et surtout, ne pas me poser de questions pour en profiter
pleinement. Mais je me laisse polluer par tant d’histoires
que je m’angoisse encore plus. Je n’arrive
pas à faire la part des choses.
L’accompagnante
: que dit ton gynécologue à ce propos ?
Mélanie
: peu de choses. Il ne se répand pas en questions,
mais donne des informations numériques. C’est
ça numérique ! A chaque consultation, j’ai
l’impression qu’il passe en revue mes mensurations
et celles du bébé et qu’il pourrait
se passer de mes réponses pour se faire une idée
de ma situation. Quant à moi, j’accumule
des listes de questions (Elle fouille dans son sac pour
en sortir des bouts de papiers chiffonnés avec
un air incrédule) au fond de mon sac à main.
Regarde.
L’accompagnante
(rires) : ah, ah. Excuse moi, cela fait très
pub ! (Mélanie, la main en l’air, bourrée
de listes, finit par les regarder en s’éclatant
de rire).
Mélanie
: bon, j’ai l’air maligne. Je continue le
tableau du gynéco, puisque je vide mon sac. Je
te raconte. Dans la salle d’examen, je dois faire
preuve d’une vigilance extrême pour suivre.
J’explique. Sans transition, il passe d’une
valeur à une autre. Du genre : « 33 mm, bon,
tout va bien ».J’essaie de comprendre. «
33 mm de quoi ? » Ma vitesse de réaction
est lente. On arrive au « Et le poids, on en est
où ? ». Bref, saisis-tu ce que je veux dire
?
L’accompagnante
: oui, en effet, courir après l’information,
quel drôle de sport. C’est une des raisons
qui poussent les femmes à aller chercher l’information
ailleurs. Or, l’univers médical est fait
de statistiques et de mesures de risque. Il peut générer
la peur autant qu’un sentiment de sécurité.
Ce sont des informations qui ne nourrissent pas ta vie
et ni ta santé, car elles sont tellement éloignées
du contexte de la vie réelle de la personne.
Mélanie
: comment cela ? Je ne comprends pas bien.
L’accompagnante
: et bien si tu veux, une fois en possession de ces informations
chiffrées, qu’apprends-tu à propos
de toi-même ? Tu peux comprendre certaines procédures
techniques certes. Mais pour ce qui est de ta vie, que
dire ? Peu de repères afin de comprendre ta propre
santé. Le problème est que la plupart des
gens ne savent pas comment les traiter en les ramenant
à leur personne.
Mélanie
: je n’ai pas l’impression qu’on m’en
donne les moyens. Plus j’accumule l’information
médicale, plus je vis dans ma peur. A force de
vouloir comprendre, je crois que je vis couper de mon
propre monde, celui du ressenti du corps, celui des vrais
sentiments. Cela soulève le voile de mon ignorance.
J’enrage de ne pouvoir poser des mots simples sur
ce que je vis dans mon corps, de ne pouvoir identifier
si ce qui se passe en moi est bon ou pas et surtout de
ne pas vivre une rencontre qui permette un véritable
échange.
L’accompagnante
: « Connais toi toi-même » disait Socrate.
Quels moyens te donnes-tu pour connaître la santé
? Tu sais, être en santé, on ne sait plus
vraiment ce que cela signifie.
Mélanie
: je crois qu’on connaît mieux être
malade.
L’accompagnante
: Bon, puisque nous sommes ensemble, réfléchir
à 2 têtes vaut mieux qu’une. Essayons
d’éclaircir tes connaissances. Si je te dis
contractions, à quoi ça te fait penser ?
Donnes moi ta réponse en un mot. Celui qui vient
le plus spontanément.
Mélanie
: Douleur.
L’accompagnante
: A quelle partie du corps associes-tu la contraction
? En un mot, toujours.
Mélanie
(elle porte ses mains vers son ventre) : au ventre.
L’accompagnante
(elle hoche la tête) : hum, hum. A quel moment de
la grossesse, l’associes-tu en premier ?
Mélanie
: accouchement.
L’accompagnante
: et bien, voilà TA référence à
propos des contractions : des douleurs de ventre associées
à l’accouchement. A ton insu, ceci est dans
ta culture du corps de la femme.
Mélanie
: euh oui, en effet. Dans le fond, cette définition
est partagée par un bon nombre de femmes. Ne crois
tu pas ? Et puis, nous sommes encore imprégnées
par « Tu enfanteras dans la douleur », c’est
un peu ça, n’est-ce pas ? Qu’on le
veuille ou non, cela nous influence.
L’accompagnante
: et oui, totalement vrai. Par conséquent, si tu
avais vraiment des contractions utérines en cours
de grossesse, tu ne les identifierais pas. Car, dans ta
réalité, les contractions n’existent
que dans le contexte de l’accouchement ou de la
douleur. (Mélanie réagit). Attends, laisses-moi
continuez. Revenons à toi. Peux tu me dire, si
ton ventre devient dur parfois ou bien que tu aies l’impression
qu’il se resserre ?
Mélanie
: oui, cela arrive de temps en temps, mais cela dure quelques
secondes et est totalement indolore. Je m’en rends
plus compte quand elles sont plus longues, cela me coupe
le souffle et j’ai besoin de m’allonger. Mais
ça passe aussitôt après.
L’accompagnante
: et bien, ce sont des contractions. Continuons, as-tu
remarqué que dans ces moments-là, le ventre
se met à pointer en avant ou bien qu’il devient
un peu plus lourd ?
Mélanie
: oui, tout à fait, je perçois surtout que
le bas ventre est dur et lourd. Là, tu vois (elle
met ses mains sous le nombril). J’imagine cela comme
le poids du bébé. Et maintenant que nous
en parlons, je remarque que lorsque j’arrête
tout mouvement, le soir par exemple, cela arrive plus
fréquemment. Et quand je me repose, cela passe.
Alors, je ne suis pas inquiète.
L’accompagnante : si au repos, cela cède
c’est un signe de bonne santé. Lorsque le
muscle se contracte, il devient dur, se raccourcit. C’est
un vrai effort musculaire, il a donc besoin de se relâcher.
C’est donc normal. Il peut contracter partiellement,
en bas, ou d’un coté, ou dans le dos etc.…Par
ailleurs, si elle est courte, c’est donc totalement
indolore.
Mélanie
: donc ce n’est pas parce que je n’ai pas
mal, que ce n’est pas une contraction.
L’accompagnante
: c’est bien ça. Le corps humain est fait
de muscles, te rends-tu compte si on devait avoir mal
à chaque fois qu’on bouge ?
Mélanie
: oui en effet, on serait une somme infinie de douleur.
A partir de quel signe faut-il s’inquiéter
?
L’accompagnante
: a ton avis ?
Mélanie
: si cela persiste, ne se calme pas et cela devient douloureux.
(L’accompagnante hoche la tête). Attends voir…je
ne vois rien d’autre.
L’accompagnante
: oui, mais tu es sportive et tu résistes bien
à la douleur. Dans ce cas, quel autre signe ferait
son apparition ?
Mélanie
: non, vraiment je ne vois pas.
L’accompagnante
: et bien, on a dit que la contraction est un effort physique,
surtout si cela dure. Tu vis une journée normale
de travail avec des contractions en supplément.
Dans quel état te trouves-tu le soir en rentrant
?
Mélanie
: essorée, exténuée, en ruine. Quelle
expérience !
L’accompagnante
: exacte. Tu ne peux que te mettre au lit pour récupérer.
(Mélanie hoche la tête). La fatigue, tous
les soirs en rentrant du boulot, est un signe. La fatigue,
le matin au réveil après une soit disant
nuit réparatrice qui ne répare plus, est
un signe que cela dégénère. On franchit
une limite, l’équilibre est rompu. L’utérus
est tellement tendu qu’il ne sait plus se relâcher.
Mélanie
: wouah ! Peut-on considérer, quand même,
que c’est normal d’avoir des contractions
utérines ?
L’accompagnante
: jusqu’à une dizaine par jour, c’est
normal. Pour la durée, pas plus qu’une à
deux minutes. Pour repère, une femme enceinte en
bonne santé a une condition souple de son utérus.
La progestérone, une hormone féminine est
chargée de cette fonction. C’est la condition
nécessaire pour créer de la place.
Mélanie
: Pourquoi alors les contractions apparaissent en cours
de grossesse ?
L’accompagnante
: la contraction utérine est un mécanisme
réflexe de défense.
Mélanie
: contre quoi ?
L‘accompagnante
: si je raisonne en terme de climat dans le corps de la
femme, je dirai qu’il y a trop de pression dans
l’utérus (c’est plus rare) ou tout
autour de lui (c’est le plus fréquent).
Mélanie
: dans l’utérus, qu’est ce que ça
pourrait être ?
L’accompagnante
: réfléchis.
Mélanie
: un gros bébé ? Des jumeaux. Trop de liquide
amniotique. Dans ces cas, l’utérus s’étire
trop vite par rapport à l‘âge de la
grossesse et je sais que cela provoque.
L’accompagnante
: en effet. Pour ce qui est des pressions hors utérus,
qu’en est-il ?
Mélanie
: une femme tendue ? Trop forcer pour faire des mouvements
? Faire trop d’effort physique, c’est ça.
J’ai du arrêter le sport, car ça ne
me semblait pas compatible avec ma grossesse. Je ne vois
pas plus.
L’accompagnante
: Avoir un rythme physique trop soutenu (trop de sport,
trop de voiture…) est une véritable agression
pour le corps de la femme enceinte. Avoir beaucoup de
conditions stressantes dans l’environnement de la
femme (conditions de travail ou conflit de famille, bruit),
être stressée, avoir une forte activité
mentale… Ne pas tenir compte du rythme du corps
enceint (qui tend vers le ralentissement), c’est
imposer une lutte à l’intérieur du
corps.
Mélanie
: oui, on vit dans l’excès de tout. Pour
rester à mon niveau normal d’activité,
je sens que je force et surtout je me convaincs bien qu’il
faut garder la même allure qu’avant pour me
sentir bien dans ma tête.
L’accompagnante
: oui, bien dans ta tête, mais pas bien dans ton
corps. Notre manière très urbaine de vivre,
couper du corps et des rythmes naturels de vie est très
stressante, génère des pressions physiques
qui se répercutent sur l’utérus. Comment
t’imagines tu que l’utérus qui fabrique
de la place pour un bébé qui prend forme,
réagit pour maintenir l’équilibre
de la pression ?
Mélanie
: je ne sais pas.
L’accompagnante
: et bien, il desserre la soupape.
Mélanie
: la soupape, la soupape ? Comme la cocotte minute ?
L’accompagnante
: oui, c’est le col de l’utérus. Oh,
ne fais ces gros yeux.
Mélanie
: je suis tellement surprise.
L’accompagnante
: Comme le seront la plupart des femmes qui n’écouteront
pas leur fatigue, et qui seront atterrées lorsque
le gynéco dira que le col est raccourci et qu’il
faut tout arrêter travail, déplacement, faire
l’amour, et surtout rester au lit, couchée,
et ne pas bouger. Les contractions ne sont que des signaux
d’alerte. L’utérus est comme une balise
qui éclaire au milieu de la mère, avec un
E, pour la guider.
Mélanie
: Oh, quelle belle image. Mais ce que tu dis là
est bien l’expérience beaucoup de mes amies
avec culpabilité à la clé et la petite
déprime en arrière fond.
L’accompagnante
: Evidemment, la seule arme du médecin, c’est
la peur. C’est dommage, mais rapide et efficace
pour faire comprendre. Couché, pas bougé.
Et les femmes obéissent !
Mélanie
: Pourquoi en arrivez là ?
L’accompagnante
: pourquoi en arrivez là ? Je te le demande aussi.
Que cherche-t-on quand on n’écoute pas les
signaux qui s’allument ? Enceinte, ralentir son
rythme et se reposer ne sont pas l’expression de
faiblesse. C’est l’intelligence du corps dans
sa plus simple expression. Tu le dis toi-même. «
Quand je me repose, ça passe. » Quoi de mieux
comme information, pour te faire savoir que ce que tu
fais est juste. J’ai coutume de dire, quand on sent
on sait.
Mélanie
: en effet, maintenant, je me sens rassurée car
je sais me reposer quand il faut. Je sais d’autant
plus que j’ai besoin de ralentir. Une de mes amies
me dit qu’elle a toujours eu un utérus très
tonique. Est-ce des contractions aussi ?
L’accompagnante
: oui, c’est comme un tapis de petites contractions.
Dans la plupart des cas, forcer sur son rythme ou dépasser
ses limites entraînera des contractions quoi qu’il
en soit.
Mélanie
: oui, c’était une femme de caractère,
toujours très active. D’ailleurs, elle était
persuadée qu’elle tiendrai le coup pour travailler
jusqu’au bout. En réalité, elle avait
tellement de contractions que son col s’est modifié.
Son gynécologue a été obligé
de l’arrêter contre son gré avec repos
allongé obligatoire. A posteriori, elle s’est
rendue compte qu’elle était complètement
épuisée. Quelles conséquences peuvent
avoir ces contractions ?
L’accompagnement
: un ralentissement de la croissance du bébé.
Plus l’utérus est souple, plus la surface
d’échanges avec le placenta est grande, plus
le bébé est nourri. Au moment venu, un accouchement
ultra rapide, en bouchon de champagne ou à l’inverse,
un défaut d’ouverture du col.
Mélanie
: et bien, c’est ce qui lui est arrivée.
Elle a eu des heures de contractions. Son bébé
appuyait très bien pour descendre, mais n’entraînait
aucune dilatation du col. L’équipe a renforcé
les contractions avec un produit à base d’ocytocine.
Mais elle a fini par avoir une césarienne quand
même. Elle l’a d’ailleurs très
mal vécu, car elle avait une telle volonté
d’arriver à accoucher normalement.
L’accompagnante
: Forcer est une manière très moderne de
vivre, avec cette manière de mener le corps ou
la volonté au bout de ses limites. La conséquence
est que l’on prend l’habitude de résister,
plutôt qu’à vivre la Vie. On impose
la puissance, le corps exprime la sienne et en même
temps, il rappelle la vulnérabilité de notre
vie. La santé naît de l’alternance
des mouvements. Un véritable rythme sinusoïdale
(elle mime les vagues avec sa main) : on le voit dans
les mouvements du souffle avec l’inspire et l’expire,
du jour et de la nuit, de l’activité et du
repos. Tous les mouvements s’alternent. Ce que j’adore
pendant la grossesse, c’est que cette période
nous rappelle inévitablement le corps de la femme
vivant au rythme de ses cycles.
Mélanie
: bon, si je comprends bien tout est une question d’écoute
et de prendre soin du corps : bien adapter son rythme
physique au fil de la grossesse, s’octroyer des
temps pour récupérer après de périodes
d’activités, ralentir ses mouvements …
bon, je me sens bien avec ça. Et, pour les contractions
de travail ?
L’accompagnante
: Ah ça, c’est une autre histoire !
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