- Accueillir l’enfant s’il y a une césarienne
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» Accueillir l’enfant s’il y a une césarienne

De tradition orale, je me demande comment mettre en commun ces histoires de femmes pour nourrir d’autres femmes. Inspirées de faits et vécus réels, les noms sont de pure fiction. De conversations en conversations, découvrez d’autres réalités. Quand le monde s’ouvre avec d’autres perspectives, on enrichit profondément sa vie. Tout est question de point de vue.

Anne : Je viens d’apprendre qu’une césarienne va être nécessaire pour la naissance de mon enfant. C’est très dur pour moi. Je me sens très démunie car je n’envisageais pas les choses de cette façon.

L’accompagnante :
Pourquoi ?

Anne :
Parce que j’ai l’impression que je ne vais pas vraiment accoucher. Je serai passive. Je n’aurai plus aucun rôle et, en prime, je ne le partagerai pas avec Olivier.

L’accompagnante :
Et accoucher, qu’est ce que ça veut dire pour toi ? Que mets-tu derrière accoucher ?

Anne :
Et bien, dans mon idée, je pousse. Je fais sortir mon enfant. Je l’accueille et je le prends sur moi. Bref, un accouchement normal.

L’accompagnante :
Puisqu’à priori, cela ne se passera pas sous la forme que tu imagines. Qu’est ce qui sera important à vivre malgré tout ?

Anne :
(Silence)

L’accompagnante :
Au-delà de la forme que cela prendra pour que l’enfant sorte, qu’as-tu envie de vivre profondément ?

Anne :
Je ne sais pas vraiment. Je serai déçue.

L’accompagnante :
Déçue. Cela veut donc dire que ce jour-là, jour de naissance de ton bébé, tu auras envie de vivre de la déception ? Que celle-ci sera tellement plus forte que tout et qu’il n’y aura la place pour aucun autre sentiment ? Bon, j’en rajoute, mais tu comprends où je veux en venir ?

Anne :
Et bien, oui. Mais non, je n’ai pas envie d’être que déçue.

L’accompagnante :
Oui, mais vois-tu, tu es déjà en train de te conditionner pour une chose à vivre.
Et, sans t’en rendre compte, tu auto alimentes ce sentiment. Acceptons la déception. Maintenant, qu’y a-t-il d’autre à vivre et qui a de la valeur pour toi ?

Anne :
J’ai envie de me sentir proche du bébé pour l’accompagner. Oui, c’est ça. J’ai envie de me sentir proche de mon bébé.

L’accompagnante :
Comment fais tu déjà pour être proche de lui ? Là, maintenant, chaque jour qui passe ?

Anne :
Et bien, j’essaie de le percevoir et de ressentir s’il est là. J’écoute ce qui se passe dedans. Je caresse mon ventre. Je lui parle. Je suis avec lui.

L’accompagnante :
Crois-tu que tout ça peut changer à cause de la situation ?

Anne :
(silence) Non, pas vraiment.

L’accompagnante :
Te sens-tu active quand tu es avec lui comme ça ?

Anne :
Oui, d’une certaine façon. C’est plus intérieur.

L’accompagnante :
Oui, c’est la vie aussi. Alors, pas nécessaire que ça cesse le jour J. Pourquoi ne pas continuer cela avec lui ?

Anne :
Ah oui, mais je ne vais rien sentir avec l’anesthésie.

L’accompagnante :
En effet, mais rien ne t’empêche d’être avec lui avec ton cœur. Accompagner l’enfant pendant sa naissance, c’est aussi une présence affective. Ce sera plus profond. Une complicité secrète entre vous. Quand j’ai passé mon bac, ma mère me disait : « je suis avec toi ? » Tu vois ce que je veux dire.

Anne :
Hum, hum.

L’accompagnante :
Dépasse la frustration de la dimension technique (c'est-à-dire accepte-la et va au delà). Pour moi, la technique, c’est le boulot de l’équipe médicale. Pendant ce temps-là, ton boulot –si je peux dire cela comme ça- est de vivre le lien affectif avec le bébé. Apprécie ces derniers moments avec l’enfant. Tu sais, cette intimité partagée avec l’enfant ne se produira plus de cette manière-là.

Anne :
C’est vrai que je n’avais pas vu la situation sous cet angle.

L’accompagnante :
Oui. Si ce sentiment bien présent en toi et si tu as envie de plus. Demande à l’obstétricien de te prévenir quand le bébé va sortir. Puis, à l’anesthésiste, s’il peut ôter le champ, tu sais les linges opératoires stériles, pour voir le bébé sortir et le prendre dans tes bras.

Anne :
Oui, c’est donc possible ?

L’accompagnante :
Pourquoi pas ? Et au moment où le bébé est prêt à sortir, aide-le. Fais le venir à la surface, comme si tu l’aidais à venir au monde.

Anne :
Tu veux dire, pousser ?

L’accompagnante :
Certaines femmes m’ont dit que c’est plutôt une intention de pousser. D’autres ont vraiment poussé. En réalité, c’est plus comme tu le ressens.

Anne :
Ca signifie que ça se prépare.

L’accompagnante :
Et, bien si cela ne vient pas de toi, les équipes médicales n’y pensent pas toujours. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas. Mais c’est une sorte d’habitude à garder une distance vis-à-vis de la réalité de la personne.

Anne :
Une forme d’auto protection aussi.

L’accompagnante :
Oui.
Attention, cet accueil se veut être l’expression de ce que tu vis affectivement avec l’enfant. Si cette réalité affective n’est pas ta réalité, ça ne marche pas comme ça.

Anne :
Je ne comprends pas bien.

L’accompagnante :
Si quelqu’un veut faire cet accueil par idéologie, « parce que c’est bien de », la demande est sans «consistance», idéalisée. Comment dire … vide. Sans véritable existence profonde.
Tout se passe au niveau des idées, de l’intellect. C’est pour cela que quand les femmes demandent des choses à leur gynéco à distance de l’évènement, on essuie plus facilement des incompréhensions. On fait appel à la tête de l’autre pour se mettre en situation. On peut s’installer dans une confrontation inutile de point de vue. On va chercher à convaincre. On peut se retrouver à forcer l’autre à entrer dans quelque chose qu’il ne s’imagine pas ou auquel il s’oppose, ou je ne sais quoi d’autre. En tout cas, on entre dans un jeu relationnel de pouvoir. Pour ma part, je trouve cela inutile.

Anne :
Comment fait-on alors ?

L’accompagnante :
Etre dans le moment. En parler avant que tout le monde soit pris dans le travail. Juste avant que le gynéco commence. Un petit aparté entre vous avec simplicité. Il percevra ce que tu vis et que tu as envie de vivre. Cela se joue dans la relation du moment avec lui. Avec ton ouverture. Et dans tous les cas, le minimum syndical, c’est que tu sois avec ton bébé. Ca te parait clair.

Anne :
Oui, cela me donne une autre respiration. Ça me soulage même.