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- Porter le bébé: peut il s'habituer aux bras ?
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» Porter le bébé: peut il s'habituer aux bras?

L’accompagnante : Comment va Léa ?

Amélie : Bien. Elle est gentille, curieuse. On voit qu’elle commence à s’intéresser à d’autres choses.

L’accompagnante : Quel genre de personne trouvez-vous qu’elle est ? Même si c’est un peu tôt pour l’enfermer dans une image…

Paul : Et bien, elle est assez affirmée. Plutôt volontaire.
Paul porte Léa dans ses bras. Il la berce pendant qu’il parle. Elle le regarde avec attention.

Amélie : Je te coupe. Très très affirmée. Elle est un peu plus revendicative actuellement.

L’accompagnante : Ah bon comment ça ? Tu permets que je la prenne Paul ? Je te la rends en partant.
(Sourire des parents. Paul confie Léa. L’accompagnante l’installe sur ses genoux, assise comme dans un fauteuil, face à ses parents. Elle la soutient au niveau du bassin).Je vous écoute.

Amélie : depuis 15 jours, je trouve qu’elle râle. On s’aperçoit que Léa ne peut pas rester 5 minutes sans râler à moins qu’on la porte. Elle a toujours été un bébé tranquille. Cela nous surprend.

Paul : tu vois, à la maison, maintenant, quand elle est sur le transat, elle tient 5 à 10 minutes après elle s’énerve. On dirait qu’elle s’ennuie. Donc, elle râle et si je la prends, elle se calme. C’est instantané. Mais si je ne bouge pas, elle recommence. Alors, je marche en la promenant.

L’accompagnante : Que pensez-vous de la situation ?

Amélie : On pense qu’on l’a habitué aux bras et qu’aujourd’hui, elle en a besoin. Si je ne veux pas l’entendre râler et bien, je fais tout avec elle dans les bras. Bon maintenant à 3 mois, je trouve ça épuisant. Des copines utilisent le porte-bébé, mais j’aime être libre de mes mouvements, alors je ne le fais pas.

L’accompagnante : Alors, qu’est-ce que tu fais ? Tu réponds à sa demande ?

Amélie : Et bien je la laisse pleurer. Sauf qu’elle s’énerve et pleure tellement fort que je la reprends. C’est un peu là que je me sens partagée.

Paul : (silence) oui, en effet. Pour moi, si Léa se calme quand on la prend, c’est qu’elle en a besoin. Et, je me rends compte que je n’aime pas l’entendre pleurer ou râler non plus. En même temps, quand on questionne autour de nous, on nous dit de la laisser pleurer, sinon elle va faire des caprices et nous mener par le bout du nez. Et quand on la laisse pleurer, on sent bien qu’elle n’est pas bien non plus.

L’accompagnante : Je voudrai comprendre quelque chose. Actuellement, est-elle contemplative ou commence–t-elle à attraper les objets ?

Amélie : un peu des deux. Quoi qu’elle est vachement dans le regard. Regarde, tu vois comme elle nous regarde. Elle veut tout voir.

L’accompagnante : elle regarde et nous écoute. N’est-ce pas, Léa ? Dis donc, ça te plait d’être sur les genoux à faire la pendule. (Léa décolle son dos, puis revient en arrière pour se poser contre le buste de l’accompagnante).

Amélie : Si elle attrape quelque chose, c’est plus par hasard ou bien ce qu’on lui donne. Quand elle est dans mes bras pendant qu’elle tète, elle commence à m’attraper les cheveux, par exemple.

L’accompagnante
: d’une façon générale, vous trouvez qu’elle a quel genre de tonus ?

Paul (enjoué) : très tonique. Oui, je trouve qu’elle a toujours la pêche.

L’accompagnante : ah, tu sais Paul, quand on me dit ça, j’ai plutôt l’habitude de faire un peu la grimace. Car, physiquement, c’est plus révélateur de tension que de souplesse ?
L’accompagnante propose un petit jouet (un petit citron tout mou avec des petits bras). Léa donne un coup de tête pour l’attraper avec sa bouche. Fait–elle souvent ça ?

Amélie : ah, je n’avais pas remarqué. Maintenant que tu le demandes, j’ai remarqué qu’elle ne se pose que dans nos bras ou quand elle s’écroule pour dormir. Tu vois, sur le transat, j’ai l’impression qu’elle fait plus des abdos. Elle fait beaucoup d’effort. C’est peut-être ça qui l’énerve ?

L’accompagnante : il me semble, en effet. Où la posez-vous principalement dans la journée ?

Amélie : sur le transat. Parfois, sur notre lit ou le canapé, assise, calée avec des coussins.

L’accompagnante : ok. Tiens, pause-toi contre moi, Léa. Tu n’es pas obligée de forcer. Est-ce que vous voyez que même soutenue, elle est toujours en train de tirer vers l’avant. Très bien, c’est ça que je te demande. Ah, tu vois, t’es contente de toi ? (Léa sourit). Bien, je crois que vous avez une petite fille très intelligente. N’est-ce pas, Léa ? Oh, mais qu’est-ce qui t’arrive ? Vous voyez ce qu’elle fait ?

Amélie : oui, elle se tortille comme un ver.

L’accompagnante : hum, hum. Regardez, elle recommence. Ah, je crois que tu en as marre. Bon, je vais te poser sur le tapis. Voilà, je crois que ça te va. Regardez son visage. Elle se détend. Pouvez-vous vous imaginez 30 secondes qu’elle est en train de me dire « laisse-moi bouger toute seule » ?

Amélie : Quand elle fait ça, je crois plutôt qu’elle veut que je bouge.

L’accompagnante : c’est souvent ce qu’on croit. Un être humain, très tôt dans sa vie, ressent deux choses : qu’il va se redresser (et ce qui est la clé du développement de son intelligence) et qu’il faut que son corps soit en mouvement.

Paul : et bien, c’est exactement ce qu’on fait.

L’accompagnante : pas tout à fait, Paul. VOUS bougez. Pas elle. Elle voudrait utiliser son corps pour bouger, mais ne sait pas. Vivre dans un transat toute la journée, c’est le repos forcé toute la journée ! Alors, comme elle veut quand même bougée, elle force plus que de mesure pour satisfaire cette envie.

Paul : ok, je vois bien.

L’accompagnante : ainsi, vous avez raison, elle s’ennuie d’être dans l’impossibilité de bouger librement. Et dans sa réalité actuelle, bouger veut dire FORCER, ou forcer l’autre à bouger, c'est-à-dire VOUS, à faire ce qu’elle croit qu’elle ne sait pas faire.

Amélie (souriante): ah, je suis contente de te l’entendre dire. Je comprends mieux pourquoi elle exige vu qu’on lui obéit. Mais que peut–on faire ?

L’accompagnante : lui donner la place de bouger sans personne et lui laisser la place de se vivre redressée ou d’être active en souplesse.

Paul : sans personne ? Comment ?

L’accompagnante : Par exemple, sur un tapis au sol.

Amélie : on croyait que le tapis de jeu, c’était à 6 mois !

L’accompagnante : en effet, c’est ce qu’on croit. Comment réagit-elle sur le matelas à langer ?

Amélie : Ah, elle adore. Elle essaie d’attraper ses pieds. C’est rigolo.

L’accompagnante : c’est ça. Un plan à plat un peu ferme. C’est la liberté assurée pour des mouvements sur son axe. Elle peut voir tout autour d’elle. Tout son corps en entier peut être mobile. Il s’étend de tout son long, s’enroule en relevant les jambes, roule sur le coté. Le ver de terre, en somme. Un vrai plaisir.

Paul : oui, c’est vrai qu’elle est super bien sur le lit, mais cela dure peu de temps, on ne la laisse pas seule car elle peut rouler. C’est dangereux.

L’accompagnante : et, oui, elle a besoin d’évoluer dans un univers non dangereux, surtout si elle reste seule.

Paul : je réalise que c’est pour ça qu’on l’a laissé le plus souvent dans le transat sans se rendre compte qu’elle y était privée de mouvements.

L’accompagnante : Et oui, en plus, allongée sur le dos, elle devient responsable de son rythme. Vous avez entendu ? Je répète. Elle devient responsable de son rythme. Je bouge, je me repose. Le mouvement, c’est la vie. Mais, l’alternance, c’est la santé. Plus elle sera mobile, plus votre boulot sera de lui rappeler qu’elle peut se pauser, revenir dans son nid, se détendre et contempler.

Paul (rigole): c’est bizarre ce que tu dis. Cela me paraît tellement évident, mais je crois qu’on veut trop en faire. Parce qu’on croit qu’elle ne peut pas.

L’accompagnante : oui, comme beaucoup de parents, on sous estime les compétences du bébé. Ca nous arrange aussi de savoir qu’ils ont besoin de nous.

Amélie : pas vrai, papa ! (Paul sourit encore).

L’accompagnante : Vous avez vu comme elle a essayé d’attraper avec la bouche tout à l’heure. La bouche, c’est son premier lien avec l’expérience. Elle n’a pas encore compris qu’elle avait des mains pour attraper quelque chose. Présentez lui un petit objet long. Parfois, donnez lui. Parfois, laissez le à proximité d’elle. Vous voyez le citron, ça fait quelques minutes qu’elle le regarde. Je lui ai chatouillé la main avec. Maintenant, elle essaie de l’attraper. Attends, je vais te l’approcher. Hop ! Ca y est. T’es contente de toi, dis donc. (Elle lui caresse le ventre).

Paul : oh, elle est marrante. En plus, c’est elle qui va vers l’objet. Du coup, c’est encore plus grisant.

L’accompagnante : bon, maintenant, Léa, donne-moi tes petits doigts. On y va ? A la une, à la deux, à la trois. Voilà. Là, tu peux relever ta tête. Doucement. Tiens, tu veux la reprendre Amélie ?

Amélie : oui.

L’accompagnante : permettez lui de faire ce qu’elle peut faire. Accompagner ses mouvements sans forcer. Si vous ne la faites pas participez, elle restera passive ou résistera. Chaque jour, pour la coucher, la relever (comme maintenant), la changer et l’habiller, la baigner, si vous faites tout pour elle, d’une certaine façon, elle s’ignore. Alors, elle râle. C’est pour ça que je dis qu’elle est intelligente. Elle sait discerner ce qui la fait exister en tant que personne de ce qui ne l’est pas.

Amélie : combien de temps doit elle être sur le tapis ?

L’accompagnante : et bien. Si vous savez qu’elle y reste facilement 5 à 10 minutes, proposez-le lui régulièrement plusieurs fois par jour. Un petit peu plus chaque jour avec tout le reste. Elle cessera de râler quand elle comprendra qu’elle s’approprie ses mouvements, qu’elle sait quoi faire avec elle-même, avec son corps.

Paul : ah ! Je crois que je ne la vois pas grandir. Tu vois, ma cousine m’a raconté que sa fille, depuis 15 jours, râler chaque matin en partant pour la crèche. De la même manière, l’éducatrice de la crèche lui a expliqué que c’était le cas de tous les enfants de son groupe des 3 ans. Ils se sentent à l’étroit dans l’espace et avec les personnes qui s’occupent d’eux. Et ce qui est drôle, c’est que ces enfants exprimaient tous, l’envie d’aller à l’école. Bref, ils grandissent et avec eux sentent que leur espace a besoin de s’agrandir aussi. Je me rends compte que c’est ma façon de voir le bébé qui le limite. Mais pourquoi on ne nous dit pas ça avant ?

L’accompagnante : Parce que c’est quand les choses viennent à vous qu’on les remarque vraiment et qu’on en prend acte.