- Se préparer ou être accompagnée ?
- Un début de grossesse difficile et particpation du compagnon.
- Comment être actrice de son accouchement?
- Qu'est ce qu'une contraction ?

» Comment être actrice de son accouchement?

Sophie
: je suis allée en maternité pour un monitoring de fin de grossesse. Ma surprise a été grande. Une fois plantée sur le lit, je me suis rendue compte que je me sentais paralysée par l’environnement médical. Je n’arrivais à voir comment j’allais faire le jour J, si je suis toute aussi impressionnée ? Je me suis demandée et je me le demande encore comment je peux être actrice ? Comment je peux appliquer les outils que tu nous donnes en cours. J’ai encore du mal à faire le lien entre ces deux univers si opposés ?

L’accompagnante : ah ! Ca m’a l’air sérieux cette affaire-là.

Sophie : tu peux le dire, car j’ai été reçue par les sages-femmes du bloc d’accouchement. Elles étaient super occupées. Il y avait une effervescence indescriptible. Une vraie ruche. Et je voyais bien qu’elles ne restaient pas trop avec les femmes. Cette plongée dans le réel m’a un peu bousculé.

L’accompagnante : bon, bon, je vois. Quelles notions as-tu retenu des cours précédents ?

Sophie : et bien, bien ressentir son bassin, veiller à conserver souplesse et mobilité. Percevoir son axe dos bassin, ressentir qu’on trouve l’alignement en faisant descendre les grains et ouvrir la base. Bien restée présente avec le bébé.

L’accompagnante : es-tu au point avec tes autres repères ?

Sophie : identifier comment ça peut démarrer – repérer les contractions- l’ocytocine qui en jeu – les signes permettant de savoir que le bébé arrive sur le périnée- quand partir en maternité- l’équipe médicale, oui je suis au point, je crois.

L’accompagnante : d’accord, apparemment tu as bien intégré vers quel endroit tu te dirigeais. Quel souvenir te reste-t-il à propos de la manière de vivre l’accouchement à l’intérieur du couple ?

Sophie : ah, oui. On en avait longuement parlé avec mon mari. Faire vivre ce qui est nous lui parlait beaucoup. S’appuyer mutuellement sur l’un et l’autre dans notre relation affective. C’est vrai, j’avais oublié.

L’accompagnante : était-il avec toi ce jour-là ?

Sophie : non justement, j’étais seule, c’était un examen de routine.

L’accompagnante : qu’est ce qui t’a paralysé ? Je crois que tu as été paralysée, n’est-ce pas ?

Sophie : oui, je suis complètement étrangère au milieu médical. Jamais opérée, jamais malade, ni hospitalisée. Le seul professionnel de santé que je rencontre est mon généraliste et maintenant toi. Mais ni lui, ni toi ne m’inspirent un seul instant cet environnement froid, technique où les gens vont et viennent sans que tu ais l’impression qu’il t’ai vraiment vu. J’ai eu l’impression de faire partie du décor. Et les sages-femmes, peuchère, elles avaient beaucoup de travail et couraient partout. Il n’y a rien à dire, mais là, je me rends compte de ce que ça pourrait être, pour moi, l’environnement du jour J et là, je ne m’y retrouve pas.

L’accompagnante : qu’est-ce qui t’a vraiment paralysé ?

Sophie (étonnée) : ne te l’ai-je pas déjà dit ? Ah ! Tu attends une autre réponse, donc ? (L’accompagnante hausse les épaules, donnant l’air d’un pourquoi pas encourageant.) Euh, je me sentais invisible au milieu de cette frénésie. En plus, les sages-femmes, qui avaient un surplus de travail, à cause de la grève dans une autre maternité, pestaient d’être dans cette situation. Sans se montrées agressives, je ne les sentais pas ouvertes, enfin pas dans l’attention. Je me suis faite toute petite.

L’accompagnante : qu’est-ce qui t’a paralysé ?

Sophie (exaspérée) : ENCORE ! (Soupir) Au milieu de tout ça, je ne savais pas quoi, ni comment faire. Je me sentais perdue. Je me disais si j’étais en train d’accoucher qu’est ce que je ferai de plus avec des contractions qui font mal. Je ne voyais pas quoi faire. Je me répète, non ? (L’accompagnante hoche plusieurs fois la tête en guise de réponse, mais encourage Sophie à continuer.) (Silence)

L’accompagnante : qu’est-ce qui justifiait le fait d’être paralysée, ce jour-là, pour un simple monitoring de routine ?

Sophie : euh…l’univers médical ?

L’accompagnante : froid et sans pitié, tu l’as dit aussi.

Sophie : t’exagères (d’une voix qui s’affaiblit) … (soupir)

L’accompagnante : oui, je sais. Je fais exprès. Quand on opte pour prendre refuge derrière des raisons apparentes, extérieures à nous, on finit par oublier de se regarder soi-même. Qu’est-ce qui justifiait le fait d’être paralysée ? (D’un ton toujours neutre)

Sophie : la peur de l’inconnu…

L’accompagnante : la peur de l’inconnu ? Quel inconnu ? L’environnement médical que tu étais en train de découvrir ?

Sophie : oui, je pense.

L’accompagnante : mais encore ?

Sophie (irritée): AH, quoi ENCORE ? La peur de ne pas être capable d’y arriver… je crois.

L’accompagnante : arriver à quoi ? Tu sais à peu près vers quelle direction tu souhaites aller. Comment tu vas le vivre profondément, quelle forme cela revêtira, ni quand cela se produira, on n’en sait rien, soit, tout cela fait partie du mystère, du merveilleux. Heureusement, il reste en encore. Mais ce qui est sure, ce jour-là, tu accoucheras. Dès aujourd’hui, nous en sommes sures.

Sophie : oui. Je vois bien, mais en serai-je vraiment capable toute seule ?

L’accompagnante : pourquoi en doutes-tu ? As-tu besoin d’encouragements ?

Sophie : (silence) je me suis toujours sentie bonne élève… dans la vie. Là-bas, j’étais dans le monde à l’état brut. Là-bas, se jouaient des choses importantes de la vie, et il ne s’agira pas d’appliquer des formules. Je me rends compte que je ne pourrai pas appliquer de formules. Tu disais souvent : « je vous donne des outils, des clés et c’est à vous de les utiliser dans votre vie. Appropriez-les-vous ». Moi, j’applique. Je me suis toujours appliquée, pas impliquées. Tu comprends (larmes) ? Si personne ne me dit ce qu’il faut faire, qu’est ce que je vais faire ? J’ai eu peur de ça. Ah ! C’est horrible d’être aussi faible ! (Elle pleure et renifle.) Je peux prendre un mouchoir sur ta table. (Elle se lève et prend un mouchoir) PFFF…

L’accompagnante : CREER

Sophie : qu’est-ce que tu dis ?

L’accompagnante : créer. Remplir ta vie de ta vie. Crée de la vie dans ta vie.

Sophie : comment ?

L’accompagnante : au commencement, on peut imaginer comme un architecte. Laisses-toi inspirer. C’est ce que j’essaie d'exprimer pour chaque femme ouverte à cela. Alors, peux tu t’imaginer remplir l’espace de cet évènement ? Remplis-le de tes émotions, celles qui viennent de toi, de tes regards, ceux qui te rend radieuse, de tes mots, ce que tu préfères, de tes accents et tes mouvements, qui feront qu’on se dira c’est vraiment toi. Et, tout ça sera la somme de toi de cet instant et tout ceux qui suivront.

Sophie : Même si c’est de la tristesse ?

L’accompagnante : et bien oui, si c’est ce qui en sort, là maintenant.

Sophie : C’est ce qui sort, je crois. Tu sais, ce jour-là, je me suis sentie étrangement seule au milieu de tous. Seule dans ce que je vivais. J’ai honte de le dire, alors que je n’ai à me plaindre de rien.

L’accompagnante : ai honte et dis le.

Sophie : Oh, avec toi, c’est facile.

L’accompagnante : ce qui est dit est dit et n’est plus à redire.

Sophie : cela parait tellement évident, tu simplifies les choses.

L’accompagnante : on simplifie les choses, si on le décide. On n’a pas toujours la place d’exprimer sa peur, sa honte, son état d’enfant qu’on laisse derrière soi. Si accoucher va faire de toi une adulte à part entière, bienvenue dans le monde des êtres humains responsables, mais ne quitte pas la part d’enfant qui est en toi et qui sait se laisser aller et être emporter avec l’autre.

Sophie : oh, c’est étrange ce que tu me dis là. Je ne me suis pas rendue compte que je pleure mon état d’enfance. Me laisser mener par les autres, c’est un peu la vie d’enfant. Le monde nouveau, c’est celui de parent. Etrange, vraiment étrange. Oh, j’ai encore envie de pleurer. C’est fou, je n’arrive pas à me retenir, ça arrive par vagues.

L’accompagnante : grandir, ça s’appelle grandir…